Forclusion du Nom-du-Père

L’invalidation du langage invalide le Nom-du-Père qui est le signifiant permettant d’invoquer le grand Autre comme « la providence, l’instance qui rémunère». Lacan parle de « forclusion du Nom-du-Père ».

La carence paternelle, évoquée en tant que cause possible de la psychose, se rapporterait non pas au comportement dans la société du père imaginaire, le papa, mais à la non ex-sistence du seul vrai père, le père symbolique. En effet, dans la psychose, le père symbolique — qui est impérativement un signifiant — devient forclos à cause de l’invalidation du langage, et ne peut malheureusement pas ex-sister.

De même, la validité du langage s’avère indispensable pour la sexuation. Dans le cas des psychotiques, mais aussi plus globalement dans le cas des sujets qui se méfient du langage, il peut y avoir débâcle au niveau de la sexuation — d’où la confusion de Freud à propos du président Schreber qui était psychotique mais pas forcément homosexuel.

Délire

Le délire désigne un assemblage de convictions inébranlables basées sur des perceptions hallucinatoires, ainsi que sur des constructions intellectuelles sophistiquées et erronées qui envahissent le système de pensée du délirant, parfois dans sa totalité. Les thèmes du délire peuvent être de persécution, d’influence, de grandeur, érotomaniaques, etc. Les hallucinations auditives ou visuelles sont des constructions chimériques provenant de l’ordre symbolique, qui font retour via l’imaginaire en se faisant passer pour de véritables perceptions.

Le délirant adhère à ses convictions et les soutient avec fermeté.

Délire et langage

Le délire est une chaîne signifiante qui se substitue à celle de la demande. Circulant à la surface du langage, le délire rencontre des points de capiton et produit du sens, mais principalement dans une logique d’épinglage signifiant-signifié et non dans une logique de métaphore. En effet, la forclusion de la structure du grand Autre rend invalides les mécanismes du langage ; par exemple, en parcourant le délire écrit du président Schreber, Lacan a constaté que « l’on n’y rencontre jamais rien qui ressemble à une métaphore ».

La métaphore et le délire appartiennent à des modèles différents dont les formules de compréhension sont disjointes. Les poètes fous que l’on connaît, comme Gérard de Nerval ou Antonin Artaud, ont été poètes avant d’être fous, et ils sont sans doute devenus fous de même que d’autres gens deviennent fous un jour — et non parce qu’ils étaient aussi poètes.

Puisque la chaîne signifiante du délire échappe aux processus langagiers de l’inconscient, elle se soustrait aux mécanismes de la sublimation et du refoulement. Cela éclaire peut-être l’action bénéfique des psychothérapies artistiques : alors que le psychotique bute contre l’échec de l’accès à l’énonciation, les activités de type artistique peuvent faire revivre la sublimation et ouvrir ainsi des passages vers l’énonciation.

La forclusion du Nom-du-Père invalide le langage

Forclusion du Nom-du-Père

Références

Écrits: [page 583] […] le processus par quoi le signifiant s’est « déchaîné » dans le réel, après que la faillite fut ouverte du Nom-du-Père, — c’est-à-dire du signifiant qui dans l’Autre, en tant que lieu du signifiant, est le signifiant de l’Autre en tant que lieu de la loi.

Séminaire 3 : [page 91] […] s’il [le président Schreber] est assurément écrivain, il n’est pas poète.

Séminaire 3 : [page 137] Sous prétexte que le sujet est un délirant, nous ne devons pas partir de l’idée que son système est discordant […] Ainsi que tout discours, un délire est à juger d’abord comme un champ de signification […]

Séminaire 3 : [page 149] […] cette résistance à toute réduction raisonnante d’un délire qui se présente pourtant comme pleinement articulé et en apparence accessible aux lois de cohérence du discours.

Séminaire 3 : [page 247] Quelque chose m’a frappé [à propos de Schreber] — même quand les phrases peuvent avoir un sens, on n’y rencontre jamais rien qui ressemble à une métaphore.

Séminaire 6 : [séance du 20/05/1959] Si ici la voix se présente […] comme articulation pure et c’est bien ce qui fait le paradoxe que nous communique le délirant […] rien de plus ferme pour lui que la consistance et l’existence de la voix comme telle.

Séminaire 6 : [séance du 20/05/1959] […] ce caractère de coupure qui est tellement mis en évidence que les voix entendues par Schreber sont exactement des débuts de phrases […] les mots significatifs qui s’interrompent, qui se poussent, laissant surgir après leur coupure l’appel à la signification.

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